Pendant deux années, en 2017 et 2018, j’ai photographié le Carnaval de Dunkerque de l’intérieur, au plus près de ses personnages, de ses bandes et de ses traditions. De Dunkerque à Bergues, en passant par Malo-les-Bains, cette série rassemble des portraits de carnavaleux, des scènes de chahut, des musiciens, des chapelles et plusieurs temps forts des Trois Joyeuses. Je ne souhaitais pas seulement produire un reportage sur une fête populaire. Je voulais découvrir un monde, comprendre ses codes et traduire, par la photographie, son énergie, sa chaleur humaine et sa force graphique. Ces photographies du Carnaval de Dunkerque témoignent ainsi d’une immersion progressive dans un univers où les clet’ches, les parapluies, les cuivres et les visages composent une scène toujours renouvelée.
L’idée de cette série est née alors que Claude Noyer, qui avait présenté Saudade à Arles, souhaitait me réserver à nouveau sa galerie pour l’année suivante. À ce moment-là, je n’avais encore aucun sujet précis en tête. Les destinations lointaines nous paraissent souvent plus inspirantes, alors qu’un sujet majeur peut parfois se trouver tout près de nous et nous aspirer. Le Carnaval de Dunkerque s’est alors imposé comme une évidence : un univers populaire, foisonnant et profondément graphique, que je connaissais encore très peu. J’y ai découvert un territoire photographique inépuisable, fait de visages, de gestes, de lumières et de rituels, avec la volonté de le traduire selon mon propre regard d’auteur.
La première campagne photographique, menée en 2017, fut avant tout une période de découverte. Il fallait apprendre le vocabulaire du Carnaval de Dunkerque, comprendre le fonctionnement des bandes, observer les habitudes et trouver ma place dans un univers déjà très codifié. Au milieu des chahuts, des musiciens et des premières lignes, la proximité imposait une photographie rapide, attentive et parfois physique. Les premiers contacts noués sur le terrain m’ont progressivement permis de mieux saisir les règles de cette fête populaire. Cette première immersion a posé les bases d’un travail qui ne cherchait pas seulement à décrire le carnaval, mais à en révéler les personnages, les gestes et l’énergie collective.
Cette première immersion a donné naissance à la série présentée en juillet 2017 aux Voies Off d’Arles, à la Galerie de Constantin, sous le titre Chacun son Carnaval. L’exposition réunissait des photographies du Carnaval de Dunkerque consacrées aux portraits, aux bandes, aux musiciens et aux scènes de foule. Elle marquait une étape importante dans mon travail : les images quittaient le contexte de la fête pour être regardées comme un ensemble cohérent, construit autour d’une même lumière et d’un même regard. La photographie de la foule vue en hauteur, rythmée par les parapluies rouges et blancs, fut choisie pour l’affiche de l’exposition. Cette présentation à Arles confirma que le carnaval pouvait dépasser sa dimension festive et locale pour devenir un véritable sujet de photographie d’auteur.
En 2018, je suis revenu au Carnaval de Dunkerque avec une connaissance plus précise de ses usages, de ses lieux et de ses temps forts. Les contacts noués l’année précédente avaient facilité mon intégration dans les cortèges et les chapelles. Je n’étais plus seulement un observateur extérieur : certains carnavaleux me reconnaissaient, les échanges devenaient plus spontanés et les accès plus naturels. Trois figures du carnaval, rencontrées pendant ce second séjour, m’ont accompagné durant les Trois Joyeuses et m’ont fait découvrir la chapelle des dockers, dans une ambiance particulièrement authentique. Cette nouvelle proximité m’a permis de photographier avec davantage de liberté, à la Citadelle, dans les chapelles et lors du lancer de harengs depuis le balcon de l’Hôtel de Ville. La série s’est ainsi enrichie d’une dimension plus humaine, au-delà de la seule apparence spectaculaire des traditions du Carnaval de Dunkerque.
Au fil de ce second séjour, les rencontres ont profondément modifié ma manière de photographier le carnaval. Marcher avec les carnavaleux, partager un moment dans un bar de Dunkerque, rejoindre Bergues en train ou entrer dans la chapelle des dockers permettait d’accéder à une réalité plus intime, éloignée des seuls temps forts officiels. Ces instants de transition, de déplacement et de convivialité racontent aussi le Carnaval de Dunkerque. Ils montrent comment la fête se construit bien avant l’arrivée de la bande et se prolonge dans les échanges, les habitudes et les liens qui unissent ses participants.
Le Carnaval de Dunkerque ne se résume pas à une succession de défilés ou de costumes. Il repose sur un ensemble de codes, de gestes et de rendez-vous transmis de génération en génération. Les bandes, les chapelles, le chahut, le rigodon, les premières lignes, les musiciens et le lancer de harengs composent une véritable culture populaire. Chaque temps fort possède son rythme, ses règles et ses figures familières. En les photographiant, j’ai cherché à montrer ce qui relie les carnavaleux entre eux : une mémoire commune, un goût du collectif et une fidélité profonde à leurs traditions. Ces traditions du Carnaval de Dunkerque donnent à la fête sa force, bien au-delà de son apparence spectaculaire.
Les Trois Joyeuses constituent l’un des temps forts du Carnaval de Dunkerque. Pendant plusieurs jours, les bandes, les chapelles et les rassemblements se succèdent entre Dunkerque, Malo-les-Bains et Bergues. Chaque journée possède son atmosphère, ses parcours et ses habitudes, mais toutes reposent sur la même énergie collective. Pour le photographe, cette succession de moments offre un véritable vivier de scènes : portraits saisis dans la foule, musiciens en mouvement, parapluies dressés au-dessus des bandes, instants de fatigue ou de convivialité. J’ai cherché à suivre ce rythme sans établir un inventaire exhaustif, en privilégiant les situations capables de traduire visuellement l’intensité et la diversité des Trois Joyeuses.
Au cœur du Carnaval de Dunkerque, les bandes avancent au rythme des fifres, des tambours et des cuivres. Derrière les musiciens, la foule se resserre jusqu’à former un mouvement dense, guidé par les premières lignes. Le chahut naît de cette pression collective : les carnavaleux progressent, reculent et se rapprochent dans une énergie presque physique. Pour photographier ces scènes, il faut accepter la promiscuité, anticiper les mouvements et trouver sa place sans rompre le rythme de la bande. J’ai cherché à traduire cette tension par des cadrages proches, des gestes saisis dans l’instant et des compositions où les corps, les clet’ches et les parapluies semblent emportés par une même vague.
Le rigodon marque l’un des moments les plus intenses du Carnaval de Dunkerque. À la fin de la bande, les carnavaleux se rassemblent autour du kiosque ou de la place centrale, tandis que les premières lignes contiennent la pression du chahut. Les corps se resserrent, les chants s’élèvent et la foule forme une masse compacte autour du tambour-major et des musiciens. Photographier le rigodon demande de trouver un point de vue capable de rendre à la fois la densité humaine et l’organisation de ce mouvement collectif. J’ai cherché à montrer cette tension, cette fatigue et cette énergie finale qui donnent au rigodon sa dimension presque initiatique.
Le lancer de harengs figure parmi les traditions les plus emblématiques du Carnaval de Dunkerque. Depuis le balcon de l’Hôtel de Ville, les harengs sont jetés vers une foule compacte qui se presse sur la place. En 2018, j’ai été invité par la mairie de Dunkerque à photographier cette scène depuis le balcon, après la présentation de mon premier travail sur le carnaval. Ce point de vue en hauteur m’a permis de saisir l’attente, les bras levés, les parapluies et la densité de la foule dans une composition presque picturale. Au-delà de son caractère spectaculaire, le lancer de harengs révèle la force du collectif et l’attachement des carnavaleux à un rituel profondément inscrit dans l’identité dunkerquoise.
Les chapelles occupent une place essentielle dans le Carnaval de Dunkerque. Installées dans des maisons, des cafés ou des lieux associatifs, elles permettent aux carnavaleux de se retrouver, de se réchauffer, de chanter et de partager un moment à l’écart de la foule. Lors de mon second séjour, trois figures du carnaval m’ont fait découvrir la chapelle des dockers, dans une ambiance particulièrement authentique. J’y ai photographié des scènes plus intimes, faites de regards, de chants, de rires et de gestes de convivialité. Ces moments montrent une autre dimension du carnaval : moins spectaculaire que la bande ou le rigodon, mais tout aussi importante pour comprendre les liens qui unissent les carnavaleux.
Au Carnaval de Dunkerque, le clet’che ne se résume pas à un simple déguisement. Il constitue une véritable identité, construite au fil des années à partir de vêtements détournés, de chapeaux, de plumes, de badges, de médailles et d’objets personnels. Certains costumes évoluent d’un carnaval à l’autre et deviennent immédiatement reconnaissables. En photographiant ces personnages, j’ai cherché à montrer comment chaque clet’che raconte une histoire, révèle un tempérament et inscrit son porteur dans la mémoire collective du carnaval. Cette diversité visuelle nourrit les portraits du Carnaval de Dunkerque et transforme chaque rencontre en une scène singulière.
Les portraits occupent une place centrale dans cette série, car les carnavaleux sont l’âme du Carnaval de Dunkerque. Au-delà des clet’ches, des maquillages et des accessoires, je recherche un regard, une attitude ou un instant de retrait au milieu de la foule. Certains visages expriment la fatigue après plusieurs heures de bande, d’autres révèlent l’humour, la dignité ou la concentration qui précède un temps fort. Je ne demande généralement pas aux personnages de poser. Je préfère saisir une présence telle qu’elle apparaît, dans un moment bref où le costume laisse entrevoir la personne qui le porte. Ces portraits du Carnaval de Dunkerque donnent à la série sa dimension la plus humaine et transforment chaque rencontre en une figure singulière.
Les musiciens donnent au Carnaval de Dunkerque son rythme, sa direction et une grande part de son énergie. Cuivres, fifres et tambours accompagnent la progression des bandes et structurent les moments les plus intenses du parcours. Dans la foule, leurs instruments émergent au-dessus des épaules, se lèvent pour éviter les chocs et deviennent parfois les seuls repères visibles au milieu du mouvement. J’ai souvent photographié ces musiciens dans l’effort, dans l’attente ou lors de courtes pauses, lorsque la fatigue se lit sur les visages. Leur présence relie la musique, les corps et la foule dans une même dynamique. Ces photographies des musiciens du Carnaval de Dunkerque montrent autant la puissance collective de la bande que l’engagement individuel de ceux qui la font avancer.
La série s’est construite dans plusieurs lieux, chacun apportant une atmosphère particulière aux photographies du Carnaval de Dunkerque. À Dunkerque, les bandes, les chapelles, la Citadelle et l’Hôtel de Ville concentrent les temps forts et les scènes les plus denses. Bergues offre une autre proximité, notamment autour de la place de la mairie, où la foule et les musiciens occupent entièrement l’espace. À Malo-les-Bains, la plage et la digue ouvrent les compositions et créent un contraste singulier entre l’horizon maritime, la lumière et les clet’ches. Ces différents décors ne constituent pas de simples arrière-plans : ils modifient la manière de photographier et participent pleinement à l’identité visuelle de la série.
Cette série prend appui sur des scènes réelles, des lieux précis et des traditions profondément ancrées dans le Carnaval de Dunkerque. Pourtant, mon intention n’était pas de produire un inventaire complet ni de raconter chaque événement comme le ferait un reportage de presse. Je cherchais avant tout une image construite : un visage isolé dans la foule, un geste, une lumière, une tension ou une composition capable de traduire ce que je ressentais sur le moment. Le grand angle me permettait d’entrer dans la scène et de travailler au plus près des carnavaleux, tandis qu’une focale plus longue me donnait parfois la possibilité d’en extraire un portrait. Cette photographie documentaire devient ainsi une photographie d’auteur, où le réel reste présent mais se transforme par le choix du cadre, du rythme et de l’instant.
Cette série avait d’abord été envisagée en noir et blanc. Pourtant, au fil des prises de vue, la couleur s’est imposée comme une composante essentielle du Carnaval de Dunkerque. Les rouges, les jaunes, les noirs, les maquillages, les étoffes et les accessoires ne décorent pas seulement la scène : ils participent pleinement à l’identité des personnages et à la construction des images. J’ai donc choisi de conserver cette richesse chromatique pour restituer la densité des clet’ches, la profondeur des noirs et la lumière qui traverse parfois la foule. La couleur me permettait aussi de renforcer les contrastes, de guider le regard et de donner aux photographies une dimension plus théâtrale. Ce choix a progressivement éloigné la série d’une écriture documentaire classique pour l’inscrire davantage dans une photographie d’auteur.
En conservant la couleur, certaines scènes ont progressivement fait écho à la peinture flamande. La profondeur des noirs, les rouges, les ors, les carnations, les étoffes et la densité des groupes rappellent parfois des compositions anciennes, sans qu’il soit question de les imiter. Je retrouve dans le Carnaval de Dunkerque une même théâtralité, une même attention portée aux visages et aux matières, ainsi qu’une manière très forte de faire surgir un personnage au milieu de la foule. Cette influence a guidé plusieurs choix de cadrage et de traitement, notamment lorsque la lumière isolait un visage, révélait un costume ou transformait une scène populaire en image presque picturale.
Après sa présentation aux Voies Off d’Arles en 2017, la série a poursuivi son parcours au salon Art3F de Bruxelles en 2018. Dans ce nouveau contexte, les photographies du Carnaval de Dunkerque étaient regardées non seulement comme le témoignage d’une tradition populaire, mais comme un ensemble d’œuvres photographiques cohérent. Plusieurs images ont également été reprises dans la presse et sélectionnées par l’Office de tourisme de Dunkerque pour une édition de cartes photo. Cette diffusion a permis à la série de rencontrer un public éloigné du territoire dunkerquois et de montrer que les visages, les rituels et l’énergie du carnaval pouvaient toucher bien au-delà de leur contexte d’origine.
Cette série a notamment été présentée lors de :
Voies Off d’Arles – 2017
Salon Art3F – Bruxelles – 2018
Éditions de cartes photo par l’Office de tourisme de Dunkerque
La collection réunit des portraits, des scènes de foule, des musiciens et plusieurs rituels emblématiques du Carnaval de Dunkerque. Certaines photographies s’attachent à une figure singulière, d’autres montrent la pression du chahut, la densité des bandes ou les instants de pause entre deux temps forts. Ensemble, elles composent un récit visuel construit pendant les campagnes de 2017 et 2018, entre Dunkerque, Bergues et Malo-les-Bains. Chaque œuvre peut être découverte séparément, avec son histoire, son contexte de prise de vue et les caractéristiques du tirage Fine Art proposé en édition limitée.
Les photographies de cette collection sont proposées en tirages Fine Art signés et numérotés, dans une édition limitée à 15 exemplaires. Chaque tirage est réalisé à la commande sur papier Hahnemühle Photo Rag Bright White 310 g/m², choisi pour restituer la richesse des couleurs, la profondeur des noirs et la finesse des détails. Les œuvres sont disponibles aux formats 20 × 30 cm, 30 × 45 cm, 40 × 60 cm et 60 × 90 cm. Chaque exemplaire est accompagné d’un certificat d’authenticité. Le choix du format permet d’adapter la présence de l’image à différents espaces, d’un accrochage plus intime à une pièce maîtresse destinée à structurer un mur.
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Où ont été réalisées les photographies de la série ?
Les photographies ont été réalisées en 2017 et 2018 à Dunkerque, Bergues et Malo-les-Bains. Certaines scènes ont été prises dans les bandes, sur la plage, autour des Hôtels de Ville, à la Citadelle et dans des lieux plus intimes comme la chapelle des dockers.
Pourquoi la série est-elle principalement en couleur ?
La série avait d’abord été envisagée en noir et blanc. La couleur s’est finalement imposée pour restituer la richesse des clet’ches, des maquillages, des étoffes et des lumières. Elle participe pleinement à l’identité des personnages et à la dimension picturale des images.
Les carnavaleux posent-ils pour les portraits ?
La plupart des portraits sont saisis sur le vif. Je privilégie les regards, les attitudes et les instants de retrait plutôt que les poses préparées, afin de conserver la spontanéité et l’énergie du carnaval.
Peut-on acheter les photographies du Carnaval de Dunkerque ?
Oui. Les œuvres de la collection sont proposées en tirages Fine Art signés et numérotés, dans une édition limitée à 15 exemplaires.
Quels formats sont disponibles ?
Les tirages sont proposés aux formats 20 × 30 cm, 30 × 45 cm, 40 × 60 cm et 60 × 90 cm. D’autres tailles sont envisageables sur devis.
Quel papier est utilisé pour les tirages ?
Les photographies de cette série sont imprimées sur papier Hahnemühle Photo Rag Bright White 310 g/m², choisi pour la précision des détails, la profondeur des noirs et le rendu des couleurs.
Les tirages sont-ils accompagnés d’un certificat d’authenticité ?
Oui. Chaque tirage est signé, numéroté et accompagné d’un certificat d’authenticité.
Les tirages sont-ils disponibles immédiatement ?
Chaque tirage est réalisé à la commande. Ce mode de production permet de contrôler chaque exemplaire avant son expédition et de respecter les conditions de fabrication propres au tirage Fine Art.
Le Carnaval de Dunkerque ne se résume pas à ses couleurs, à ses costumes ou à la densité de ses rassemblements. Il est fait de visages, de gestes, de fidélités, de musiques et de rites transmis au fil des générations. Pendant deux années, j’ai cherché à photographier cette énergie sans réduire la fête à son apparence spectaculaire. Des bandes aux chapelles, du rigodon aux portraits, chaque image raconte une manière d’appartenir à ce monde et de le faire vivre. Cette série constitue aujourd’hui un ensemble à part entière dans mon travail d’auteur, entre photographie documentaire, composition graphique et mémoire populaire.
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