De Lisbonne à Saudade, une histoire de voyages et de rencontres. Je ne le savais pas encore, mais ces premiers voyages allaient marquer la naissance du projet Saudade.
En 2013, je pars deux fois au Portugal.
À Lisbonne, je photographie déjà les rues, les habitants, les tramways, les façades et tout ce qui attire mon regard.
Je quitte l’hôtel le matin sans téléphone, sans montre, avec un plan en papier et une petite boussole.
Pour le reste, je marche.
La meilleure façon de se perdre dans Lisbonne était encore de ne pas trop chercher à savoir où l’on allait.

Lisbonne. Un plan en papier, une petite boussole et, pour le reste, beaucoup de marche.
Lisbonne arrive à Dijon
De ces deux premiers voyages naît une première série.
Les photographies sont en couleur, mais beaucoup sont également travaillées dans des tonalités sépia qui donnent déjà à l’ensemble une atmosphère particulière.
En juin 2014, je présente ce travail à Dijon pour ma première exposition personnelle.
Elle s’appelle tout simplement Lisbonne et se tient à la Maison du Portugal.
L’exposition sera ensuite présentée dans plusieurs entreprises dijonnaises. Les photographies commencent à circuler et trouvent notamment un écho auprès de la communauté franco-portugaise de la région.

Lisbonne – première exposition personnelle de Vincent Aglietti à Dijon, en juin 2014.
Une exposition qui donne envie de repartir
Cette première exposition est bien accueillie.
Mais surtout, elle me donne envie de retourner au Portugal et de poursuivre ce travail.
Entre-temps, une Lisboète, Ana Cardoso, découvre mes photographies sur Facebook.
Elle m’écrit spontanément pour me dire que ce travail l’a touchée.
Et elle ajoute quelque chose d’assez inattendu : si je reviens à Lisbonne, elle peut m’aider à m’y installer pour travailler.

L’exposition Lisbonne à Dijon. Les premières images commencent leur voyage avant que je ne reprenne le mien.
Vivre Lisbonne plutôt que simplement y séjourner
À mon retour, je rencontre Ana et son mari Jorge.
Ils me proposent un appartement au cœur de Lisbonne, dans le quartier de Graça.
Il ne s’agit pas simplement de me dépanner pour quelques nuits.
Ils parlent réellement d’un hébergement artistique et souhaitent soutenir mon travail.
Ils ont reconnu dans mes photographies quelque chose qui, selon eux, ressemblait à l’âme portugaise.
Pour moi, tout change.
Je ne rentre plus le soir dans une petite chambre d’hôtel.
Pendant mes séjours, je deviens presque un habitant du quartier.
Je côtoie les commerçants de la rue, les voisins et les habitués.
Je peux sortir très tôt, revenir tard, repartir lorsque la lumière change.
Les contraintes d’intendance disparaissent peu à peu. Il reste la ville, les gens et surtout le temps de les regarder.

Lisbonne devient peu à peu autre chose qu’une destination photographique.
Puis un mot arrive : Saudade
Lors d’un de ces séjours, Ana et Jorge me font découvrir une autre Lisbonne.
Les lieux culturels, la ville moderne, des endroits que je n’aurais probablement pas trouvés seul avec mon plan en papier et ma petite boussole.
Au cours d’une conversation, Ana me parle de Saudade.
Elle m’en explique le sens.
Un mot difficile à traduire réellement.
Le manque, la présence de l’absence, le souvenir, une forme de mélancolie, mais aussi quelque chose de plus doux.
Et je comprends alors que je photographiais déjà cela sans avoir encore trouvé le mot.

Avec Ana et Jorge à Lisbonne. Au fil des séjours, les rencontres deviennent aussi importantes que les photographies.
Le projet trouve enfin son nom
Saudade devient alors le titre de ma prochaine exposition.
Mais surtout, ce mot donne enfin un sens à une démarche qui était déjà là.
À partir de ce moment, les voyages se succèdent.
Je retourne au Portugal à différentes périodes de l’année.
Je retrouve certains lieux, certains quartiers et parfois certaines personnes.
Le travail s’élargit.
La rue, les fêtes, les habitants, les docks, les pêcheurs, les ports et tous ces instants ordinaires qui finissent par raconter beaucoup plus qu’un lieu.
Au fil des voyages, Ana et Jorge sont devenus des amis. Et Lisbonne, un territoire que je ne regardais plus vraiment comme un visiteur.

Au fil des voyages, Saudade devient un travail sur le Portugal, mais surtout sur ceux qui y vivent.
Photographier les gens avant les lieux
Avec le temps, Saudade est devenu bien plus qu’une série sur Lisbonne. Une partie de ce travail est aujourd’hui réunie dans la galerie Saudade.
Les lieux sont toujours présents.
Mais ce sont de plus en plus les personnes, les gestes et les petites histoires qui occupent le centre de mon travail.
Finalement, les deux premiers voyages m’avaient donné des photographies.
Les suivants m’ont donné un sujet.
Et Ana lui avait donné un nom : Saudade.
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