Dix jours sur la côte belge, sans autre programme que photographier.
En 2013, je pars vers la mer du Nord pour l’une de mes premières immersions entièrement consacrées à la photographie.
Il y avait d’abord ces noms.
Ostende. Knokke-le-Zoute.
Des noms entendus dans les chansons de Jacques Brel ou d’Alain Bashung, qui avaient fini par fabriquer dans ma tête un territoire que je ne connaissais pas encore.
J’avais simplement envie d’aller voir. Et de comprendre pourquoi cette côte, sa lumière et sa météo changeante m’attiraient autant.

Face à la mer du Nord. À ce moment-là, je ne savais pas encore exactement ce que j’étais venu chercher.
De La Panne à Knokke-le-Zoute
Je m’installe à une dizaine de kilomètres d’Ostende pour une dizaine de jours.
Pendant ce séjour, je sillonne la côte belge de La Panne à Knokke-le-Zoute.
Je n’ai pas de liste d’images à réaliser, pas de commande et pas réellement de sujet défini.
Je m’arrête là où quelque chose attire mon regard.
La plage, une digue, un banc, une lumière, un morceau de ville. Je pose le trépied et je photographie.

Je n’avais pas de sujet établi. Je m’arrêtais simplement lorsque quelque chose retenait mon regard.
La photographie se partage quand elle est faite
Je suis seul pendant ce séjour, et c’est important.
Pour moi, il est difficile de partir réellement photographier accompagné.
La photographie se partage volontiers lorsqu’elle est faite. Au moment de la chercher, j’ai besoin d’être seul.
On ne marche pas de la même manière. On ne s’arrête pas au même endroit. On peut attendre sans avoir à expliquer pourquoi.
Et surtout, lorsque l’on est seul, les échanges avec les personnes rencontrées en chemin ne sont pas les mêmes.

Être seul permet aussi de prendre le temps. Marcher, attendre et regarder sans avoir à expliquer pourquoi.
Photographier sans savoir ce que je vais trouver
Je venais de terminer ma formation à Gobelins, l’École de l’image.
J’avais appris beaucoup de choses, mais je me retrouvais maintenant face à moi-même.
Plus de sujet imposé. Plus d’exercice.
Il fallait regarder et décider.
Je ne savais absolument pas ce que j’allais trouver sur place, et c’était précisément ce qui m’intéressait.
La mer du Nord s’est chargée du reste. Ici, le vent, les nuages et la lumière peuvent modifier un paysage en quelques minutes.

La côte belge ne se résumait déjà pas à la mer. À Bruges aussi, je photographiais ce qui se présentait en chemin.
Je suis revenu avec des photographies. Pas encore avec une série.
Au retour, j’avais beaucoup d’images.
Certaines me plaisaient vraiment.
Mais en regardant l’ensemble, le constat était assez simple : cela partait un peu dans tous les sens.
Il y avait la mer, bien sûr, mais aussi la ville, les gens, l’architecture, les vélos, les détails rencontrés en chemin.
J’avais photographié ce qui m’intéressait. Je n’avais pas encore réellement construit un sujet.
Personne ne me l’a dit. C’est simplement ce que j’ai compris en faisant le tri.

Ostende, entre ville et mer. Les images existaient déjà ; il restait encore à comprendre comment les réunir.
Comprendre ce qu’est une série
Cette expérience m’a appris quelque chose d’essentiel.
Une série ne devient pas cohérente simplement parce que toutes les photographies ont été réalisées au même endroit.
Il faut un angle.
Un sujet suffisamment précis pour savoir pourquoi une image entre dans l’ensemble et pourquoi une autre doit rester de côté.
Le nom Lumière flamande est venu après.
Cette première expérience ne donnera pas l’exposition que j’avais peut-être imaginée. En revanche, elle m’a appris ce qu’il me faudrait pour construire les suivantes.

Avec le recul, certaines images annonçaient déjà mon goût pour les espaces simples, les lignes et les présences discrètes.
Des photographies que je ne renie pas
Je pourrais aujourd’hui regarder ces premières photographies uniquement comme un exercice de jeunesse.
Ce serait une erreur.
Certaines ont traversé le temps et font maintenant partie de la galerie Bord de mer.
L’ancienne série Lumière flamande a disparu en tant que galerie, mais pas les photographies qui avaient encore quelque chose à dire.
Elles restent surtout la trace d’une dizaine de jours pendant lesquels, pour la première fois, je n’avais rien d’autre à faire que regarder et photographier.

Ostende. Certaines de ces premières photographies ont traversé le temps et appartiennent aujourd’hui encore à mon univers.
Bord de mer est devenu un fil rouge
Depuis, je ne pars plus au bord de la mer avec l’idée de devoir absolument construire une nouvelle série.
Les littoraux sont photographiés chaque jour par des milliers de personnes, et les photographes qui vivent sur place disposent d’un avantage évident.
Ils connaissent leur territoire. Ils savent quand partir parce qu’un ciel, une marée ou une lumière particulière est en train d’arriver.
Je connais aujourd’hui cette possibilité en Bourgogne : pouvoir partir lorsqu’un paysage familier change soudainement.
Lorsque je suis de passage au bord de la mer, je n’essaie donc pas de faire mieux que ceux qui la regardent toute l’année.
Je prends simplement ce qui m’inspire lorsque l’envie est là.
Ne pas faire une photographie pour faire une photographie
C’est peut-être ce qui a le plus changé depuis 2013.
Je peux revenir d’un déplacement avec plusieurs photographies.
Ou avec une seule.
Ou parfois sans rien.
Ce n’est plus un problème. Ce qui compte est d’avoir eu une raison de déclencher.

Des années plus tard, au bord de l’Atlantique. Le lieu change, l’envie de regarder reste la même.
De l’ombre à la lumière
Des années après la côte belge, La Cache de Monte-Cristo, réalisée au Portugal, me semble presque répondre à cette première expérience.
En 2013, je cherchais encore une direction pour construire mon travail. Ici, au fond d’une grotte, la lumière finit par trouver son passage.
Je ne cherche toujours pas à faire une photographie simplement parce que je suis au bord de la mer. J’attends qu’un lieu, une lumière ou une situation me donne une raison de la faire.
Et quelque part, ce fil commence toujours sur la côte belge de 2013.


